Jerzy Skolimowski au Nouveau Latina

Avant de devenir un cinéaste de renom, Jerzy Skolimowski a commencé par la peinture et la poésie. Après avoir publié quelques volumes de poésie, il est devenu le plus jeune membre de l’union créative de Pologne. On l’installe très vite dans un « palais » pour qu’il puisse continuer à écrire ses poésies. Jerzy nous a confié qu’il n’avait aucune envie d’écrire des poésies, il préférait jouer au football ...
Rencontre avec Andrzej Wajda
Il rencontre très vite Andrzej Wajda qui lui demande d’écrire pour lui un scénario. Jerzy écrit environ 20 pages dans la nuit, pages qui deviendront la base du film Les innocents charmeurs d’Andrzej Wajda. Ce dernier lui conseille de passer le concours pour entrer dans l’école de cinéma.
Jerzy suit son conseil, et se présente dans cette école. A cette époque-là, 150 candidats se présentaient pour seulement 4 places. Les examens se déroulaient sur deux semaines, et tous les 3 à 4 jours, un groupe d’étudiants était éliminé. Ils se sont vite retrouvés à 10.
Rencontre avec Roman Polanski
Jerzy rencontre pendant cette dernière ligne droite le jeune Roman Polanski. Ce dernier venait de finir ses études, et était le roi de l’école. Il s’occupait de la coordination entre les candidats et les professeurs.
Il demande alors à Jerzy d’écrire pendant son temps libre le scénario de son film « Le couteau dans l’eau ». Jerzy passait donc ses examens la journée, et écrivait pour Roman la nuit.
« Je passais mes examens le jour, et écrivais la nuit le scénario. »
Signes particuliers : néant, 1964
Admis au sein de l’école de cinéma, Jerzy sait qu’il devra passer 4 ans sur les banc de l’école pour ensuite passer par les postes de 3e, de 2nd puis de 1er assistant, avant de devenir lui-même réalisateur. Conscient que ce processus pourrait lui prendre une dizaine d’années, il décide de ne pas perdre de temps, et commence à réaliser ses premiers films pendant ses études. Pendant sa formation, il devait réaliser des courts-métrages de 2 min, puis 5 min, puis 10 min ... Il a donc utilisé ces bouts de films pour en faire un. C’est pour cela qu’il devait lui-même jouer dans son film. En effet, la réalisation se déroulait sur 4 ans et il ne pouvait pas faire appel à un acteur professionnel pour tenir le rôle principal vu que son apparence aurait changé pendant tout ce temps.
Le mot de Jean-Luc
Beaucoup de séquences ont été totalement improvisées, et toutes ont été filmé en une seule prise. La matière la plus rare étant la pellicule à cette époque, il ne pouvait rien gâcher. Cela lui a valu des critiques assassines des américains, notamment des journalistes du N.Y. Times... Pendant ce séjour à N.Y., il croise Jean-Luc Godard au déjeuner. Ce dernier essaie de lui parler, mais Jerzy ne parle que le polonais et ne comprend pas ce que veut lui dire le cinéaste français. Jean-Luc Godard lui promet qu’il lui écrira, et lui envoie ce message : « Jerzy, ne les écoute pas. Toi et moi, nous sommes les plus grands cinéastes du monde ! »
C’est notamment lors de ce voyage qu’il a pu découvrir les auteurs de la Nouvelle Vague, et notamment Jean-Luc Godard et François Truffaut. Il a découvert que le style de la Nouvelle Vague se rapprochait beaucoup du sien. Partout en Europe, de jeunes cinéastes contestaient le cinéma traditionaliste qui régnait jusqu’alors.
« Jerzy, ne les écoute pas. Toi et moi, nous sommes les plus grands cinéastes du monde ! » Jean-Luc Godard.
La censure
Son film Haut les mains tourné en 1967 a été censuré pendant près de 14 ans, pour enfin sortir en salles en 1981. Jerzy avait déjà fait passé des messages provocateurs dans ses premiers films, mais le comité de censure n’a rien relevé. Il a donc décidé d’aller plus loin.
La carrière internationale
Il décide donc de partir de Pologne pour continuer à travailler librement. Il réalise ainsi en Belgique le film Le départ en 1967, et recevra l’Ours d’Or de Berlin un an plus tard.
Il part ensuite pour Londres, où il réalise l’extraordinaire Deep End. Là encore, il dirige des acteurs qui ne parlent pas sa langue. Pour se faire comprendre par ces derniers, il leur joue ce qu’il attend d’eux. Pour Le départ, il voulait qu’un de ses acteurs saute d’une voiture à l’autre. « Je le fais si tu le fais » lui défie son acteur ... Jerzy s’exécute.
Il précise qu’étant un acteur, il est beaucoup plus facile pour lui de se faire comprendre par les siens. Il n’a qu’à mimer et montrer pour être ensuite imité.
Extrait de Deep End : la crème fouettée.
« Cette scène a été improvisée pour introduire la peinture rouge qui prend énormément d’importance à la fin. Ce n’est pas seulement de l’humour, mais une utilisation des tensions érotiques qui circulent sur un tournage. »
La peinture, une influence ?
L’influence de la peinture dans son cinéma est un sujet régulièrement traité par les journalistes. Jerzy répond toujours la même chose : « Je ne vois aucun point commun entre la peinture et la réalisation, si ce n’est peut-être l’esthétique. »
« Je ne vois aucun point commun entre la peinture et la réalisation, si ce n’est peut-être l’esthétique. »
Travail au noir, un drame social.
Jerzy invente en quelque sorte ce qui va devenir le réalisme social à l’anglaise, avec ce drame relatant l’histoire de 4 travailleurs polonais venant travailler pendant un mois au noir à Londres. Le film se passe intégralement dans la capitale anglaise, alors que le chef ouvrier apprend qu’il y a eu un coup d’état dans son pays. Etant le seul qui parle anglais, il cache à ses coéquipiers la réalité pour finir le travail ... Xavier Leherpeur lui fait d’ailleurs remarqué à quel point le début du film est percutant, et Jerzy répond seulement : « J’avais déjà bien appris à faire des films ... »
Le thème de la survie dans ses films, reflet de son parcours ?
Jerzy déclare « Je suis un enfant de la guerre, privé des plus belles années de mon enfance. » Il affirme également qu’il s’est inscrit à la boxe, malgré un physique un peu frêle, sans doute pour y recevoir des coups.
« Je suis un enfant de la guerre, privé des plus belles années de mon enfance. »
La direction d’acteurs, la patte Skolimowski ?
« Ce qui me facilite le travail est que je suis un acteur moi-même. » En tant que réalisateur, il est souvent nécessaire de retenir ses acteurs pour ne pas qu’ils surjouent.
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La face cachée
La rubrique « Face cachée » a pour objectif de vous faire découvrir un cinéaste, et de vous apprendre des choses que vous ne savez peut-être pas. Cela demandera un travail très différent, basée sur des recherches bibliographiques.
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Melhao






